Avec presque deux mois de retard, les deux premiers décrets « portant mesures de simplification de l’action publique et des normes applicables aux collectivités territoriales et à leurs groupements » et un arrêté « relatif aux pièces à produire à l’appui d’une demande de subvention présentée au titre de la dotation d’équipement des territoires ruraux » ont été publiés au « Journal officiel » le 20 février.
Le premier décret compte 28 mesures, modifiant une dizaine de codes.
La première mesure, qui modifie le Code général des collectivités territoriales, a pour objet de permettre la réunion des Commissions départementales de la coopération intercommunale (CDCI) en visioconférence. Elle prévoit en outre que la formation restreinte d’une CDCI puisse délibérer par consultation écrite a sur une demande de retrait d’une commune d’un syndicat.
Parmi les mesures adoptées figurent par ailleurs la fusion de tous les registres de délibération tenus par les collectivités vers un registre unique consultable en ligne, la simplification des conditions de délivrance des agréments des organismes de formation des élus, la possibilité pour les collectivités de décider seules de la composition du comité artistique du 1 % culture, tandis que le relèvement à 300 000 euros HT (au lieu de 216 000) du seuil au-dessus duquel les collectivités doivent recourir à un concours d’architecture modifie le Code de la commande publique.
Plusieurs mesures modifient le Code de l’environnement, concernant notamment le régime déclaratif relevant de la loi sur l’eau, la notification par le préfet d’une absence d’opposition dans le délai requis facilitant le démarrage des travaux, l’assouplissement de la composition du conseil d’administration des associations communales de chasse agréée pour les communes à faible nombre de chasseurs, la suppression des avis rendus par la commission administrative de façade et la commission nautique locale lors de l’examen d’une demande de concession d’utilisation du domaine public maritime.
En matière d’urbanisme, le décret allège les modalités d’élection des élus communaux au sein de la commission de conciliation des documents d’urbanisme en permettant, en cas de liste unique, une nomination directe par le préfet sans avoir besoin d’organiser un scrutin. Le décret prévoit en outre l’abrogation de plein droit de la carte communale dès l’adoption d’un plan local d’urbanisme, sans nécessité d’une délibération distincte.
Alors que l’AMF y était défavorable, le décret prévoit (article 16) la dispense d’autorisation d’urbanisme pour un certain nombre de travaux sur des bâtiments classés ou installés dans un site patrimonial remarquable.
L’article 26 du décret supprime (dans six mois) la publication au fichier immobilier des conventions APL portant sur les logement-foyer accueillant des personnes âgées ou handicapées et les résidences sociales (Code de l’a construction et de l’habitation). L’article 29 porte quant à lui sur les terrains familiaux locatifs (TFL) : il s’agit de permettre au préfet de déroger à la surface minimale de 75 m² des places de résidence mobiles de gens du voyage, pour la construction de terrains familiaux locatifs. Cette dérogation pourrait être justifiée par « la disponibilité foncière, les spécificités topographiques ou la réponse à des besoins particuliers définis par le schéma départemental ».
Le deuxième décret comprend huit mesures. L’un d’entre elle concerne les piscines : il s’agit de supprimer les prélèvements d’eau réalisés par l’ARS et de laisser les collectivités propriétaires « organiser et mettre en oeuvre » les mesures de surveillance, comme cela avait été évoqué par le Premier ministre devant le congrès des maires. En cas de résultats non conformes, la collectivité doit toutefois aviser sans délai l’ARS. Ces mesures ne sont pas d’application immédiate : elles entreront en vigueur en 2027 en métropole et en 2030 Outre-mer.
Les articles suivants concernent la procédure « d’admission en non-valeur ». Rappelons que lorsqu’une créance est jugée irrécouvrable, le conseil municipal peut l’admettre en « non-valeur », ce qui est une façon d’officialiser que la créance ne sera pas réglée. Depuis la loi 3DS, le conseil municipal peut déléguer au maire l’admission en non-valeur des créances inférieures à 100 euros.
Pour fluidifier ces procédures, les associations d’élus et certains parlementaires demandaient le relèvement de ce seuil, dont Pauline Martin lors d’une question orale le 15 février 2024. Le décret acte ce relèvement, mais à 200 euros seulement, alors que le gouvernement s’était dans un premier temps engagé à relever le seuil à 500 euros. Enfin, ce décret supprime l’obligation de publicité lors des procédures de reclassement pour inaptitude d’un agent qui sera reclassé au sein de la même collectivité. Cette publicité est inutile puisque le poste sera, de droit, pourvu en interne.
Un troisième texte est un arrêté qui concerne « les pièces à produire à l’appui d’une demande de subvention présentée au titre de la dotation d’équipement des territoires ruraux ». L’arrêté prévoit le retrait des pièces à produire lors de la délibération du conseil municipal ou communautaire « adoptant l’opération et arrêtant les modalités de financement ». Si la délibération reste obligatoire, il n’est plus nécessaire de la transmettre.

