Quel regard portez-vous sur les 6 derniers mois ?
Hugues Saury : Ces six mois ont confirmé l’instabilité politique française : renversement de François Bayrou en septembre 2025, blocages budgétaires à répétition et affaiblissement durable d’Emmanuel Macron. La Droite et le Centre reculent dans l’opinion publique, la Gauche par le jeu des équilibres parlementaires tire provisoirement) avantage, tandis que le Rassemblement national s’impose par défaut plus que par adhésion. Le rejet de la politique et de ceux qui l’exercent s’étend de façon inquiétante. Au Parlement, le travail a été déroutant et frustrant : une lourde charge pour un résultat bien décevant. Sur fond d’activité économique nationale atone, les élections municipales de mars 2026 s’annoncent comme un nouveau révélateur des fractures du pays.
Pauline Martin : Ces six derniers mois ont été marqués par une succession de débats législatifs interminables, pour élaborer un budget national qui, finalement, a été rejeté à l’aune des fêtes de Noël. Si « faire et défaire » peut effectivement être considéré comme une forme de travail, nos assemblées seraient plus efficaces si elles cessaient de rejeter systématiquement toute proposition ne venant pas de leur propre camp. Ce phénomène est particulièrement visible à l’Assemblée nationale, tandis que le Sénat, grâce à l’expérience terrain de ses membres, parvient souvent à atténuer ces tensions partisanes.
En janvier, un budget a enfin été adopté. Certes, il reste insatisfaisant, car il révèle notre incapacité collective à réaliser des économies significatives, mais il a au moins le mérite de permettre aux services publics de fonctionner. Puis, vint le débat sur la fin de vie qui a illustré une nouvelle fois notre tendance à vider les lois de leur substance tout en conservant leur titre, créant une confusion où personne ne s’y retrouve vraiment.
Cependant, cette période n’a pas été que source de frustrations… Les sénateurs ont trouvé un accord sur deux textes majeurs : l’un pour lutter contre les fraudes sociales et fiscales, l’autre pour réformer les polices municipales. Le premier renforce la détection et la répression de ces fraudes qui sapent la confiance des citoyens envers l’État. Le second rationalise la formation des forces de l’ordre en reconversion, et élargit les prérogatives des policiers municipaux, leur permettant d’agir plus efficacement face aux délits du quotidien.
Une jolie satisfaction aussi, celle de faire découvrir aux sénateurs de la Délégation aux entreprises les atouts économiques du Loiret et toujours le bonheur de répondre concrètement aux attentes des maires et des élus locaux. Ces moments, où l’on parvient à débloquer des dossiers, parfois même en s’opposant à une administration trop rigide, rappellent que l’action politique peut encore avoir un sens sur le terrain.
Et tout ceci ne peut être réalisé sans l’appui précieux de mes collaborateurs, qui font preuve chaque jour d’une patience et d’une résilience à toute épreuve… et surtout, d’une capacité à me supporter qui force l’admiration !
Quel message pour les maires à l’approche des municipales ?
Hugues Saury : Un message simple : vous exercez la plus belle des fonctions et on a besoin de vous. Ce sont vous, les maires, qui dans cette période difficile tenez le pacte républicain. C’est sur vos épaules que repose en grande partie la stabilité française. Et c’est aussi pour cela que nos concitoyens vous font confiance. Je perçois un gouffre entre l’état d’esprit constructif des élus municipaux et les manœuvres nationales. L’élan s’exerce aujourd’hui à l’échelle locale. Dans nos villages, on retrouve le meilleur de l’âme française ; au
niveau national nous l’attendons encore…
Pauline Martin : Mes chers collègues, vous qui incarnez l’engagement le plus noble, le plus exigeant, le plus proche du citoyen : sachez que la mairie reste ce lieu unique où le bon sens n’est pas un vain mot, où la relation à l’habitant se vit sans filtre, sans artifice, où chaque décision a un visage, une conséquence, une résonance immédiate. Ici, la capacité d’agir n’est pas une promesse lointaine, mais une réalité quotidienne.
Alors, saisissez cette chance qui vous est offerte : faites avancer votre commune, emmenez votre équipe dans une dynamique où l’intérêt général l’emporte sur les querelles de clocher, où chaque projet, chaque initiative, dessine un peu plus le visage de demain.
Quels textes ou dossiers prioritaires pour la suite au Sénat ?
Pauline Martin : Dans la continuité des travaux de la commission d’enquête sur la prolifération des agences de l’État, le Sénat va proposer des suppressions ciblées et rogner ce maquis administratif qui étouffe l’efficacité
et dilue les responsabilités.
Et puis, il y a cette petite proposition de loi, adoptée à l’Assemblée nationale, qui permettrait aux maires de créer une Licence IV – un combat d’apparence modeste, mais ô combien symbolique. Quel parcours du combattant, quelle énergie dépensée pour un sujet « transpartisan », aussi attendu ! Puisse-t-il enfin trouver sa place à l’ordre du jour, et avec lui, la preuve que l’intelligence collective peut parfois triompher des pesanteurs.
Hugues Saury : Il semblerait que le menu jusqu’à la fin de la session parlementaire soit très copieux. Loi de protection des mineurs vis-à-vis des réseaux sociaux, soins palliatifs et fin de vie, réforme de la justice, loi-cadre de développement des transports, loi d’urgence agricole, simplification de l’action des collectivités locales, clarification des compétences de l’action locale sont notamment au programme. Ce calendrier pléthorique est la garantie d’un travail bien trop superficiel pour être sérieux. Heureusement, mes dossiers personnels me permettent de m’abstraire du climat politique ambiant. Même si leur objet est souvent lourd, ils donnent généralement lieu à de larges consensus. Outre les nombreux dossiers locaux que je partage avec ma collègue Pauline Martin, ceux à l’ordre du jour de la commission des Affaires étrangères et de la défense, et ceux évoqués plus haut, je serai rapporteur d’un travail majeur et inédit sur la résilience de la société française
en cas de guerre : en situation de conflit, comment préserver les fonctions vitales du pays et la continuité de la vie quotidienne ? D’autre part, une nouvelle Loi de Programmation Militaire est annoncée et le budget de l’Équipement des Forces — dont je suis rapporteur pour avis — sera au centre des débats. Enfin, je vais poursuivre mon action sur les dossiers déjà engagés telles la répartition de l’IFER au profit des communes, la cybersécurité ou la catégorisation des chiens dangereux.

