Entretien professionnel et CIA : un lien juridique à ne pas négliger

L’en­tre­tien pro­fes­sion­nel annuel n’est pas une sim­ple for­mal­ité RH : c’est désor­mais la pièce maîtresse qui con­di­tionne la légal­ité du verse­ment du Com­plé­ment Indem­ni­taire Annuel (CIA) aux agents.

Le principe : pas de CIA sans entre­tien préal­able

Le CIA, deux­ième com­posante du RIFSEEP, rémunère l’en­gage­ment pro­fes­sion­nel et la manière de servir de l’a­gent. Cette appré­ci­a­tion doit oblig­a­toire­ment s’ap­puy­er sur les con­clu­sions de l’en­tre­tien pro­fes­sion­nel annuel, oblig­a­tion cod­i­fiée aux arti­cles L.521–1 à L.521–5 du Code général de la fonc­tion publique.

La jurispru­dence admin­is­tra­tive est désor­mais con­stante sur ce point : seules les con­stata­tions de l’en­tre­tien pro­fes­sion­nel peu­vent servir de base à l’ap­pré­ci­a­tion de l’en­gage­ment pro­fes­sion­nel et de la manière de servir (TA de Rouen, 20 févri­er 2024). Le juge admin­is­tratif sanc­tionne ain­si les col­lec­tiv­ités qui motivent une déci­sion de CIA, y com­pris une déci­sion de CIA nul, sans avoir con­duit l’en­tre­tien préal­able.

Une jurispru­dence qui se durcit : le risque indem­ni­taire pour la com­mune

Une déci­sion du tri­bunal admin­is­tratif de Nîmes a mar­qué un tour­nant : un agent d’une com­mune du Gard, privé d’en­tre­tiens pro­fes­sion­nels depuis plusieurs années et n’ayant en con­séquence perçu aucun CIA, a obtenu du juge la con­damna­tion de sa col­lec­tiv­ité à lui vers­er l’in­té­gral­ité du com­plé­ment dont il avait été privé sur toute la péri­ode con­cernée, soit plusieurs mil­liers d’eu­ros.

Le raison­nement du juge est limpi­de : l’ab­sence d’en­tre­tien ne per­met pas seule­ment de con­tester le mon­tant attribué, elle prive pure­ment et sim­ple­ment la col­lec­tiv­ité de toute base légale pour refuser le verse­ment de la prime. Autrement dit, l’i­n­ac­tion RH se trans­forme en dette finan­cière pour la com­mune.

Ce que cela implique con­crète­ment pour les maires employeurs :

  • L’en­tre­tien doit être organ­isé chaque année, sans excep­tion, pour tout agent éli­gi­ble au CIA, y com­pris pour le DGS, dont l’é­val­u­a­tion relève directe­ment du maire ou du prési­dent de l’in­ter­com­mu­nal­ité ;
  • Le compte ren­du d’en­tre­tien doit être for­mal­isé et con­servé : il con­stitue la pièce jus­ti­fica­tive en cas de con­tentieux, que le CIA ver­sé soit élevé, mod­este, ou nul ;
  • Les critères d’é­val­u­a­tion doivent être ceux fixés par la délibéra­tion RIFSEEP de la col­lec­tiv­ité, et non des critères impro­visés au moment de l’en­tre­tien ;
  • Un CIA à zéro euro reste pos­si­ble, mais il doit lui aus­si être jus­ti­fié par un entre­tien ayant eu lieu, le silence ou l’ab­sence de procé­dure ne suf­fit pas à fonder une déci­sion de non-verse­ment ;
  • L’importance de la chaîne hiérar­chique com­plète : si le maire éval­ue le DGS, le DGS doit à son tour éval­uer ses pro­pres col­lab­o­ra­teurs dans les mêmes con­di­tions de régu­lar­ité.

Le bon réflexe

Pour les petites com­munes qui n’ont pas de ser­vice RH struc­turé, le cen­tre de ges­tion du départe­ment peut accom­pa­g­n­er la mise en place ou la sécuri­sa­tion de la procé­dure d’en­tre­tien pro­fes­sion­nel. C’est un point de vig­i­lance sim­ple à cor­riger, mais dont l’ab­sence peut coûter cher.