Mais comment, en vérité, pourrait-on avancer ?

Après avoir con­gédié d’un revers de main les séna­teurs soucieux du sort des salariés des boulan­geries et des fleuristes – et, par ric­o­chet, l’ouverture de ces com­merces le 1er mai –, le Pre­mier min­istre a daigné, à quelques jours seule­ment de la fête du Tra­vail, entériner ce qu’une propo­si­tion de loi, voulue par les deux assem­blées, avait déjà décidé. Ain­si va le temps poli­tique : élas­tique pour les uns, implaca­ble pour les autres. Qu’importe, désor­mais, cha­cun aurait pu s’offrir son brin de muguet ou acheter sa baguette en ce jour sym­bol­ique mais c’était sans compter sur quelques inspecteurs zélés, qui bra­vant les con­signes, se sont empressés de ver­balis­er… Oblig­eant le Pre­mier min­istre à sor­tir son télé­phone pour ras­sur­er les dits con­trevenants et annuler les amendes. On en vient à se deman­der : qui décide, au juste, dans notre beau pays ? et si le chef du gou­verne­ment est vrai­ment dans son rôle en agis­sant ain­si…

Pen­dant ce temps, le Comité d’alerte des Finances publiques s’apprête, sans méth­ode ni mesure, à sabr­er six mil­liards dans le bud­get – deux dans le social, qua­tre dans les ser­vices de l’État. Alors que la majorité séna­to­ri­ale prô­nait des réduc­tions budgé­taires d’un mon­tant de 6Mds€ d’économies en dépens­es de l’Etat et 7Mds€ de baiss­es de prélève­ments oblig­a­toires lors du vote du bud­get 2026, là aus­si repoussées avec dédain.

Alors que de petites économies sont dif­fi­ciles dans de grands bud­gets, les Français, eux, sont for­cés à de grandes économies dans de petits bud­gets. Com­ment faire l’impasse sur la pres­sion silen­cieuse, mais bien réelle, qui gravite autour de la hausse con­tin­ue du coût du car­bu­rant, à peine retombée après le choc du con­flit ukrainien. Alors qu’une trêve sem­ble se dessin­er dans le con­flit au Moyen-Ori­ent, le débat poli­tique se con­cen­tre prin­ci­pale­ment sur les prof­its des grands acteurs pétroliers — cer­tains ayant eu d’ores et déjà l’élégance de pla­fon­ner leurs prix -, mais les Français, eux, restent à sec, tan­dis que les maires mouil­lent la chemise pour leur faciliter le quo­ti­di­en.

Quant au Sénat, il se lance enfin dans la ratio­nal­i­sa­tion des opéra­teurs de l’Etat avec un sim­ple con­stat, celui qu’il est tou­jours plus facile d’agir chez l’autre, jamais chez soi…

La France, nos col­lec­tiv­ités, nos entre­pris­es, auraient pour­tant tant besoin qu’on s’attaque enfin à cette pro­liféra­tion de com­pé­tences, en favorisant l’efficience de l’action publique, en clar­i­fi­ant la prise de déci­sion en admin­is­tra­tion cen­trale et en con­for­t­ant le préfet dans son rôle de pilotage de l’action publique locale. C’est la mon­tagne que nous ten­tons de gravir dans une propo­si­tion de loi inti­t­ulée : « Repenser l’agencification pour ren­forcer l’action publique ». Il ne s’agit pas là de détri­cot­er les poli­tiques publiques mais bien de ratio­nalis­er la pro­liféra­tion de don­neurs d’ordres et de financeurs qui entraîne un manque cri­ant de lis­i­bil­ité et d’efficacité.

Il nous reste donc à vous prou­ver que le tra­vail par­lemen­taire peut encore être utile… et courageux !

Pauline Mar­tin, 4 mai 2026