Comment ne pas être écœuré, révolté, profondément indigné par les violences qui frappent notre pays depuis le 17 octobre ?
Des commerces pillés, des bâtiments incendiés, des symboles de la République attaqués. À Limoges, l’hôtel de ville a été ravagé par les flammes. À Marseille, des émeutiers ont pénétré de force dans la mairie. Partout, des destructions insensées. Et derrière ces images, des drames humains : ceux de commerçants et d’artisans qui voient disparaître en quelques heures le fruit de toute une vie de travail.
Nous assistons à une inquiétante convergence des violences. D’un côté, des groupuscules d’ultragauche qui cultivent l’affrontement avec l’État, dans un climat politique auquel les discours de La France Insoumise contribuent dangereusement. De l’autre, des bandes de voyous qui profitent du chaos pour piller, incendier et détruire.
Il faut également regarder en face la situation de certaines de nos banlieues. Depuis trop longtemps, des quartiers subissent l’emprise des trafics, la brutalité des bandes et la contestation de l’autorité. Comment accepter que des individus qui bénéficient de notre système éducatif, de notre protection sociale et de la solidarité nationale répondent par la haine de la France, de nos institutions et la destruction des biens d’autrui ?
Il ne s’agit pas de condamner tous les habitants de ces quartiers, dont beaucoup sont les premières victimes de cette délinquance. Mais la République ne peut plus permettre que certains mordent la main qui les a nourrit. Elle ne peut davantage tolérer que des territoires deviennent des bases arrière de la criminalité et des violences qui se propagent dans nos villes.
Ces événements révèlent aussi une défaillance de l’État. Nos policiers et nos gendarmes ont fait preuve d’un courage remarquable. Mais ils ont été débordés. Pourquoi une telle impréparation ?
Au Sénat, dans le cadre de différents projet de loi, nous avions défendu des outils permettant de mieux anticiper les désordres, notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la vidéoprotection et, sous contrôle judiciaire, l’accès à certaines communications chiffrées utilisées par les réseaux criminels. Des dispositifs, rejetés par la gauche et le gouvernement, qui auraient pu renforcer les capacités de prévention et d’intervention.
Face à cette situation, les propos du président de la République, dimanche soir, était d’une inquiétante vacuité. Ceux du Premier ministre sur le perron de Matignon, ce lundi, n’était guère plus consistant. Beaucoup de paroles, mais quelles décisions nouvelles ? Quelle véritable stratégie pour rétablir l’ordre ?
La question de l’état d’urgence mérite désormais d’être posée. En 2005, face aux émeutes qui embrasaient les banlieues, Jacques Chirac avait décrété l’état d’urgence. En 2024, Emmanuel Macron y avait lui-même eu recours pour faire face aux révoltes en Nouvelle-Calédonie. Pourquoi cette possibilité ne serait-elle pas de nouveau examinée aujourd’hui, si la gravité de la situation et les conditions légales le justifient ? Ce dispositif exceptionnel permettrait de renforcer temporairement les pouvoirs des autorités administratives pour rétablir l’ordre public, sous le contrôle du juge.
Mais l’urgence ne saurait suffire. Il faut s’attaquer durablement aux causes du désordre : démanteler les réseaux criminels, lutter contre le narcotrafic, neutraliser les groupuscules factieux, restaurer l’autorité dans les quartiers et garantir une justice rapide, ferme et dont les décisions sont effectivement exécutées.
La France ne peut se résigner à devenir un pays où ceux qui vivent honnêtement, travaillent et contribuent à la solidarité nationale doivent craindre pour leur sécurité, tandis que les voyous prétendent imposer leur loi.
Notre pays traverse une crise profonde, politique, sociale et morale. Face à ces évènements, l’impuissance de l’État alimente le désarroi des Français, mine leur confiance dans nos institutions et fait le lit de tous les extrémismes.
Pourtant, la France conserve les ressources et les forces nécessaires pour surmonter cette épreuve. Encore faut-il retrouver le courage de décider, la détermination de faire respecter la loi et la fierté d’appartenir à une même Nation.
La liberté de manifester est un droit fondamental. Mais elle ne saurait jamais être le support de la violence, du pillage ou de la destruction.
Il est temps que la loi s’impose à ceux qui la défient, plutôt que de laisser ceux qui la respectent en subir les conséquences. C’est ainsi que la République retrouvera son autorité et les Français leur confiance.
Hugues Saury & Pauline Martin

